Nalisoa Ravalitera

L’écrivain  et membre de l’Académie malgache, et faisant partie du jury du Concours de nouvelles  « Nofinofy » organisé par l’Alliance française d’Antananarivo, fait un état des lieux.

•En tant que membre du jury du concours Rêve d’avenir pour Madagascar, quel visage de la littérature d’aujourd’hui avez-vous perçu ?

A  la lecture des œuvres primées, j’ai retenu deux points essentiels. D’un  côté, la jeunesse reproche  aux aînés d’avoir laissé dominer les  divergences d’opinions et la dissension bouleverser les valeurs  traditionnelles comme le fihavanana. De l’autre côté, les aînés expriment leur inquiétude face à une jeunesse  ignorante de sa culture  noyée par la mondialisation. Mais les deux visions convergent sur un  point, à savoir  l’aspiration pour un avenir meilleur. Mais dans son ensemble, on en déduit une littérature révoltée mais engagée.

•Comment les jeunes expriment-ils leur rêve ?
Onirisme  et réalité ont constitué la double exigence du concours. L’ancrage du  récit dans la réalité,  laquelle a servi de socle à l’imagination et au rêve, a été bel et bienété rendu dans les œuvres primées. Les jeunes candidats veulent un  Madagascar occidentalisé. On ressent dans cette catégorie l’influence de la culture  occidentale, de la mondialisation. L’effet miroir du récit permet de voir une jeunesse révoltée, dénonçant les maux qui minent la  société d’aujourd’hui. La jeunes se  utilise la littérature pour faire le  procès du présent,  et ses écrits apparaissent comme les témoins de  demain.

•Qu’en est-il du niveau et du style des participants, en malgache comme en français ?

En  général, le niveau est élevé. Bien entendu, nous avons reçu des  propositions dans lesquelles  les  candidats  n’ont pas fait preuve de  rigueur dans la maîtrise de la langue, en malgache comme en français.  Quant au style, la confusion de genre est l’un des problèmes rencontrés.  Les uns ont confondu les nouvelles avec les essais, d’autres se sont  fourvoyés dans la poésie.

•Avec cette nouvelle génération d’auteurs et d’écrivains en devenir, peut-on dire que la littératuremalgache a encore de beaux jours devant elle ?
Je confirme  que la littérature malgache se porte bien. C’est l’édition qui se porte mal et n’arrive pas à suivre. Mais cela est tout à fait compréhensible.  Avec un pou voir d’achat très faible, on ne peut pas espérer une ruée  vers les  livres et les librairies. Il existe l’émergence d’une nouvelle  génération d’auteurs que nous ne  connaissons  pas.  Cet éveil s’accompagne  d’un boom de la production littéraire. Il y a deux ans de cela, le Prix Rajaobelina, l’auteur de Lala sy Noro, a vu la partici pation de 850 écrivains en devenir. Le Rêve d’avenir  pour Madagascar a reçu 150  propositions.

•Quelle pourrait-être l’origine de ce boom ?
En  2007, quand j’étais encore directeur des livres et des langues, nous  avions concocté  un projet de  sensibilisation  à la lecture au ministère  de la Culture. Je pense que nous sommes actuellement en train de  récolter les fruits de ces efforts. Même si les lecteurs ne peuvent pas toujours se procurer des livres neufs,  l’em prunt est devenu une voie  royale pour avoir accès à la lecture. Si vous prêtez un livre à une amie ou une parente, il est probable qu’il ne vous sera plus rendu. Car une autre personne le trouvera et voudra elle aussi le prêter, et ainsi de  suite.

Propos recueillis par Domoina Ratsara
29/10/2011
Photo : Hery Rakotondrazaka
L’express de Madagascar